On me pose parfois la question, sur les marchés ou en ligne : pourquoi tu n’as pas plus de stock ? Pourquoi je ne peux pas commander dix bols identiques ? Pourquoi ta boutique est parfois presque vide ?
Ce n’est pas un problème d’organisation. C’est un choix — ou plutôt, un ensemble de réalités qui toutes pointent dans la même direction.
Un four à bois, ça ne se programme pas
La cuisson au bois est au cœur de ma pratique céramique. C’est aussi ce qui structure mon rythme de production de façon très concrète.
Une fournée, c’est une journée entière de chauffe — je surveille le feu, j’alimente, j’ajuste. Le défournement se fait le lendemain, une fois le four refroidi. Et tout ça, uniquement par beau temps : la pluie et l’humidité changent trop de paramètres pour que je risque une fournée dans de mauvaises conditions.
Ce n’est donc pas une technique qu’on peut activer à la demande. Elle impose son propre calendrier, ses propres fenêtres. Et c’est très bien ainsi — cette contrainte fait partie intégrante de ce que je fais et de ce que produisent les pièces.
Faire à la main prend le temps que ça prend
Chaque pièce est montée à la main, sans moule, sans tournage standardisé. Le temps de fabrication est incompressible — et je ne cherche pas à le comprimer. Ce serait passer à côté de ce qui m’intéresse dans ce travail.
Produire en grande quantité demanderait de revoir entièrement la méthode : autres outils, autres argiles, autre organisation. Ce serait un autre métier. Ce n’est pas le mien.
Je travaille sur quatre registres à la fois
C’est peut-être la raison la plus importante, et celle qu’on voit le moins : la céramique n’est pas ma seule pratique.
Je travaille aussi l’aquarelle — portraits animaliers sur commande, illustrations nature. Je fais de l’illustration, de la linogravure, de la papeterie. Et en parallèle de tout ça, je travaille à la ferme pour produire des fruits biologiques. Ces quatre univers coexistent, s’alimentent mutuellement, et occupent chacun une part de mon temps et de mon énergie.
Produire 500 céramiques par an n’est tout simplement pas compatible avec ça — et je n’ai aucune envie que ça le soit. La richesse de ce que je propose vient précisément de cette diversité. Les mêmes yeux qui observent un oiseau pour le dessiner regardent aussi différemment une forme à modeler. Ce n’est pas de la dispersion : c’est une façon d’alimenter chaque pratique par les autres.
Répéter m'ennuie — et c'est une information utile
Faire quinze fois la même forme, ça m’ennuie. Je préfère être honnête là-dessus plutôt que de l’habiller autrement.
J’ai choisi de faire ce que je fait car j’ai besoin de créer, et de faire trop de fois une même pièce, ça limite ma créativité. La pièce le sent — pas forcément de façon visible, mais quelque chose se perd dans l’attention portée. Je préfère faire peu, avec l’envie intacte, plutôt que beaucoup par obligation de stock.
C’est aussi cohérent avec le reste : quelqu’un qui passe d’un portrait d’écureuil à une suspension sigillée, puis à une illustration botanique, n’est probablement pas fait pour produire en série.
Ce que ça donne concrètement
Environ 100 pièces par an. C’est peu. C’est aussi exactement ce que je peux faire avec soin, dans le rythme qui est le mien.
Chaque pièce qui sort du four a sa propre histoire — le geste qui l’a montée, la place qu’elle occupait dans la fournée, les cendres qui se sont déposées là plutôt qu’ailleurs. Ce que ça signifie vraiment pour l’objet que vous tenez entre les mains, c’est ce que j’expliquerai dans l’article suivant. Vous pouvez vous abonner à la lettre d’atelier pour ne pas rater sa sortie.
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